Stage au Parlement européen de Strasbourg (L.-L. Cornet)

Strasbourg – Stage au Parlement européen (3-6 juillet 2017)

Le Tournoi d’Eloquence, j’y participais en mars dernier. Une aventure particulière, riche en apprentissages, où il fallait traiter des thématiques choisies puis imposées. Pour moi, ce furent des solutions au fatalisme médiatique et à la montée des populismes aux éliminatoires ; la force des volontés individuelles pour combattre le carcan religieux ou sociétal en demi-finale ; la laïcité comme vecteur de libertés, d’émancipation et pilier démocratique en finale. Pour la dimension politique de ma prestation, Mme De Keyser, ancienne eurodéputée, m’a choisie pour un stage au Parlement européen à la découverte du monde politique et de la construction concrète de notre démocratie.

LUNDI

Strasbourg. Des mois que j’en rêvais, et voilà que la silhouette du Parlement se profilait à l’horizon.

Aux alentours de midi, j’ai rejoint Marc Tarabella, eurodéputé socialiste belge, pour trois heures de voiture à tuer où nous faisons connaissance. C’est lui que j’accompagnerai pour ces quatre jours. A Strasbourg, passés le parking des parlementaires et les contrôles de sécurité, je reçois mon badge d’accès et suis directement introduite à Coralie, l’assistante parlementaire qui me prendra en charge tout le séjour. Très sympa et souriante.

15h. Sans tarder, je suis mon député dans sa réunion de groupe. Le Parlement, c’est un dédale de bureaux placé en couronne autour d’une cour centrale, puis une succession de passerelles en verre qui surplombent le vide et emmènent vers l’hémicycle. Celui-ci se trouve dans une sphère en bois, géante, forcément, bien trente mètres de haut. Seuls les huissiers et les 750 députés y ont accès. La presse, les visiteurs et le corps diplomatique observent les débats depuis des tribunes en amont.

Autour de la sphère, des gens s’affairent. Assistants, vigiles, conférenciers, interprètes, coordinateurs, stagiaires. C’est une vraie fourmilière. Journalistes, aussi : la presse dispose ici de plusieurs plateaux télé et radio. Dans ces espaces ouverts et modernes, au sein même du Parlement, on interviewe et informe en permanence dans les 24 langues officielles de l’Union et, très franchement, vu les dimensions physiques et symboliques du lieu, ça rend bien. Vraiment bien.

Les eurodéputés sont groupés par couleur politique. Marc Tarabella fait partie du S&D (Socialistes et Démocrates) que nous retrouvons donc juste avant de rejoindre l’hémicycle. En réunion de groupe, on discute des positions à tenir et des stratégies à adopter lors des prochaines séances de vote. Car au Parlement, pas de majorité en place: il faut manier l’art du compromis et se serrer les coudes au sein d’un groupe politique, sinon les chances sont minces d’arriver à ses fins.

17h. On rejoint Jean-Baptiste Grinda, l’autre stagiaire choisi par J-M. Dehousse, ancien bourgmestre de Liège, lors du Tournoi d’Eloquence ; nous assistons à l’ouverture de la plénière et au début des débats. La gestion du temps de parole est plutôt interpelante : les temps varient entre une et deux minutes, sauf pour les interventions non prévues, qui durent trente secondes. Tout est chronométré. Au parlement, on ne rigole pas trop niveau timing.
Je demande ensuite à aller écouter l’intervention de Federica Mogherini, qui m’impressionne beaucoup. Depuis 2014, la socialiste italienne est vice-présidente de la Commission européenne et haute-représentante pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité. Une des fonctions les plus excitantes – mais les plus difficiles – de l’Union ! Elle supervise tous les liens diplomatiques avec les puissances étrangères et gère notamment, dans le cadre de la sécurité européenne, les frontières et l’immigration. C’est une femme résolue, brillante, compétente. Un modèle à suivre.

19h. Nos retrouvons rapidement nos hôtels avant d’aller dîner avec d’autres parlementaires dans le quartier de la Petite France. Dans un très bon restaurant en terrasse, jusque plus de 23h, ils ont beaucoup discuté, autour d’un menu trois services que Marc nous a généreusement offert.

MARDI

Je retrouve Jean-Baptiste vers 9h30 Place Kleber et nous déjeunons avec des Bägels en regardant filer les gens, passer les touristes, flâner les passants. Les parlementaires travaillent depuis plusieurs heures déjà. Quand nous arrivons par le tram au parlement – découvrant au passage le Palais des Arts, l’Opéra et les édifices bien conservés de Strasbourg – nous retrouvons directement Marc en réunion de commission pour l’agriculture chez les S&D. Ça parlemente ferme. Nous y assistons jusqu’à 11h30 et nous rendons ensuite dans l’hémicycle pour écouter la fin des débats pour le rapport Bayet/Regner.

J’avais mangé la veille avec le socialiste belge Hugues Bayet et l’issue de son rapport m’importait assez. Ses mesures devaient augmenter la transparence des multinationales en les obligeant à fournir aux autorités européennes leur chiffre d’affaire et leurs bénéfices, ainsi que le rapport pays par pays de leurs transactions. Cela permettrait de contrôler les gros déplacements de capitaux au sein de l’UE et d’éviter les fraudes fiscales. Mais libéraux, ECR et PPE (respectivement nos élus MR, puis CDH et CD&V) s’y opposent, arguant que cette mesure impactera la compétitivité des entreprises européennes par rapport à celles qui ne sont pas dans l’UE. Finalement, plusieurs mesures demandées par les libéraux modèrent la portée du rapport, mais celui-ci est tout de même adopté. Avec un vote, quelques secondes seulement en plénière à appuyer sur des boutons, on clôt un travail sur lequel deux députés auront travaillé pendant 19 mois.

Finalement, ce rapport permet de comprendre le mécanisme du Parlement et de montrer que des choses se font, même si cela prend du temps, et que l’Europe travaille au changement. Je suis toutefois surprise d’entendre dans les médias, dès le lendemain du vote, que les parlementaires sont des bons à rien et que les multinationales ont encore gagné avec ce rapport trop laxiste… Pour en avoir été témoin, je peux dire que le résultat tient à la partie libérale de l’hémicycle, choisie par des citoyens européens, qui n’a pas voulu du rapport initial. A bon entendeur.

Après les débats et les votes, commémoration de Simone Veil. Un hommage à la grande dame, première présidente du Parlement élue au suffrage universel direct en 1979, rescapée des camps de la Mort, grande féministe qui obtiendra la dépénalisation de l’avortement. Un portrait inspirant. Le discours du Guy Verhofstadt, actuel président de groupe libéral – le parti de Simone Veil –, une minute de silence, l’hymne européen. Les 699 députés présents et les tribunes remplies réunies, plus de 800 personnes debout, pour un égard aux constructions passées mais le regard tourné vers celles à venir.

14h. Nous visitons le parlement en profondeur, nous fondons à un groupe pour une conférence sur l’Europe destinée aux visiteurs. Le Parlementarium, espace créé pour informer les citoyens sur les actions et le rôle du Parlement, fraichement inauguré, est plutôt bien fait. Marc nous montre ensuite l’autre partie du Parlement, Winston Churchill, la partie ancienne, de l’autre coté du fleuve, qu’il faut rejoindre par une grande passerelle en verre au-dessus de l’eau. Là, nous buvons un jus d’orange et discutons un peu.

De retour à notre tribune dans l’hémicycle, nous suivons les discussions sur les lignes de défense de l’UE puis sur le plan de travail de la Commission pour 2018. Deux thèmes assez conséquents qui se poursuivent tout l’après-midi. Frederica Mogherini intervient lors du premier point, nous l’écoutons et assistons ensuite Marc dans l’un de ses interviews radio. Il y parle de sa prochaine intervention en plénière sur la récente adhésion de l’Arabie Saoudite à la Commission pour les droits des femmes… il demande une exclusion immédiate : c’est une honte totale, il y voit même une provocation de la part de ce pays extrémiste où les femmes ne peuvent ni conduire, ni entreprendre, ni s’émanciper de la tutelle paternelle ou conjugale.

19h. Nous quittons le Parlement avec Coralie, l’assistante parlementaire. Dans un très bon restaurant de la place de la Cathédrale, édifice incontournable de Strasbourg, entre débats politiques, discussions sur le Tournoi d’Eloquence, la diplomatie et échanges divers, nous dînons excellemment bien et rentrons dans nos hôtels pour 22h30 environ.

MERCREDI

9h. Nouvelle séance de Bagels-au-soleil avec Jean-Baptiste. Nous rejoignons le Parlement, passons au bureau pour récupérer l’ordre du jour. Regardons les débats sur les dossiers urgents – notamment le cas d’un prisonnier politique détenu en Chine – puis descendons jusqu’au self du Parlement et mangeons tranquillement. La journée sera moins chargée que les précédentes. L’après-midi, nous suivons les votes. La plupart se font à mains levées, excepté quand le président menant la séance doute du résultat ou qu’un des groupes a demandé un vote nominatif au préalable, auquel cas il est possible de savoir après le vote qui a voté quoi : des voyants lumineux, verts, blancs ou rouges, indiquent la prise de positions ou non du parlementaire.

15h. Coralie nous propose d’ajourner notre visite du Parlement et de profiter un peu de la ville. Nous décidons de repasser à nos hôtels troquer notre air de stagiaires contre celui de touristes et partons à la découverte de Strasbourg. Une ville superbe : presque entièrement couverte par des piétonniers, vivante et fleurie. Sous le soleil, on se serait presque crus dans le Sud, à quelques centaines de kilomètres seulement de chez nous. Nous visitons la cathédrale – inévitable – et le musée archéologique, nous baladons sans destination précise et dépensons notre argent de poche en glace et en jus frais. Vers 18h, Jean-Baptiste part en repérage pour son billet de train et je flâne encore un peu dans le quartier de la Petite France en admirant les façades et les nuages, avant de rejoindre l’hôtel.

Vient le soir. Dans la journée, j’étais tombée par hasard sur Sébastien, un jeune homme travaillant à côté pour une ONG et, au détour de la conversation, il m’avait conviée avec d’autres à le rejoindre pour dîner. Le soir même, dans un parc en bord de Rhin, je les retrouve; des jeunes engagés dans le militantisme et le socialisme, ouverts sur le monde, drôles et décomplexés. Nous passons la soirée là, à plaisanter et échanger sur la politique en profitant du cadre agréable et des petits plats végétariens que l’une d’eux a apportés.

JEUDI

 

10h. Une fois n’est pas coutume, nous changeons les habitudes avec Jean-Baptiste et déjeunons croissants et pains au chocolat dans une petite boulangerie. Nous réglons nos hôtels, déposons nos valises dans un coin du Parlement et assistons une dernière fois à la plénière. Derniers débats. Avec Jean-Baptiste, nous décidons de prolonger l’aventure et de visiter encore un peu. Nous errons dans les couloirs, testons les ascenseurs, épions derrière les portes entrouvertes et ouvrons celles qui ne le sont pas… jusqu’à se faire rabrouer gentiment par un parlementaire qui passait par là. Oups.

Après notre escapade éclair, nous revenons à la plénière où l’on vote les Affaires étrangères, notamment un traité avec Cuba. La délégation japonaise, plus intéressée en ce moment par les affaires européennes qu’américaines, est présente dans la tribune du corps diplomatique. De nouveaux accords en perspective ? Dès le dernier vote clos, tous les parlementaires se lèvent et se ruent vers la sortie pour attraper valises, chauffeurs et trains. La plupart ont des avions à prendre, certains viennent de loin.

13h. Pour le dernier repas tous ensemble, Marc Tarabella nous convie à sa table au restaurant des parlementaires. Nous restons longtemps à débattre, parler d’économie et de mesures prises durant la session en nous servant plusieurs fois au buffet. Marc me propose de revenir quand je veux, avec un groupe ou de manière individuelle, et je lui assure que je n’hésiterai pas. Il est déjà intéressé de venir à l’école pour 2019, avec d’autres députés, pourquoi pas. A 15h, Coralie doit attraper son train et nous ne devons pas rater le nôtre non plus. Marc appelle un chauffeur et nous quittons le Parlement par la grande porte, après quatre jours intenses, tant en apprentissages qu’en rencontres.

17h. Nous nous séparons avec Jean-Baptiste sur le quai à Luxembourg, lui retournant sur Liège où, c’est sûr, l’aventure continuera encore un peu pour moi avec le prochain Tournoi d’Eloquence, l’année prochaine, à côté de nombreux autres projets.